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Hymne à la vie

"Beyond the years" est l'œuvre de la vie d'un vrai artiste. Quasiment un film testament, s'il n'y avait cette incroyable vitalité qu'habite IM Kwon Taek malgré son âge élevé et sa passion pour le cinéma, qui le poussera toujours à aller plus dans son œuvre. Des trois films consacrés à l'art du pansori (en plus de "La chanteuse de Pansori" et "Le Chant de la fidèle Chunhyang"), "Beyond the years" n'est certainement pas le meilleur; mais il constitue un passionnant complément dans ce qui semble une véritable obsession de l'artiste et n'en devient que plus louable dans sa démarche personnelle. Il n'y a qu'à voir l'énergie dépensée à monter le projet. En préparation depuis 2003, IM a dû se battre contre vents et marées pour trouver les fonds nécessaires au tournage et de convaincre des acteurs à participer à un projet très loin des habituelles voies commerciales (donc de peu d'intérêt pour des nombreux "vedettes" contemporaines). A quelques jours du début du tournage initialement prévu au mois de décembre 2004, les studios Taehung Pictures se retirent brusquement, mettant un terme abrupt à une relation longue de 17 ans. IM ne se laissera pas décourager pour autant, réunira finalement les fonds nécessaires pour débuter le tournage au printemps 2005, terminer en hiver 2006 et finir de monter en début 2007. Un projet de cœur, qui est l'aboutissement d'une passion longue de 45 ans. Car c'est en 1962, qu'IM succombe pour la première fois à la beauté indescriptible du chant "pansori". Invité à la maison de son premier producteur à la suite du succès de son premier film, "Farewell to Tuman River" (1962), il assiste à un concert privé d'un gisaeng. Littéralement envoûté par cette musique, il va intégrer le chant à des nombreux films tournés par ses soins, à commencer par son quatrième, "For my husband" dès 1963. L'idée d'adapter la nouvelle "Sopyonje" sur grand écran lui vient dès la fin des années 1970; mais dans une période extrêmement difficile pour le cinéma coréen et en l'absence d'artistes capables d'assurer les chants si particuliers, il est obligé de renoncer momentanément à ses intentions; mais son envie devient rapidement une obsession. Son projet de cœur deviendra finalement réalité au début des années 1990 et après avoir découvert la talentueuse Oh Jung-hye à un festival dédié aux chansons pansori. Malgré l'académisme d'un sujet plus du tout au goût du (jeune) public, "Sopyonje" deviendra un véritable phénomène de société et l'un des films coréens les plus vus de tous les temps. IM a su toucher le nerf d'une société en plein renouveau et rappeler à leur souvenir un héritage culturel unique en Asie. "Chunhyang" se voulait la réponse à "Sopyonje". Alors qu'IM apprenait encore à s'approprier le pansori, "Chunhyang" se voulait l'incarnation parfaite de cet Art. La structure narrative adopte celle d'un chant pansori et le rythme du montage est calqué sur celui de la musique. Il mettra quatre mois à réaliser la seule scène durant laquelle Mong-ryong ordonne à Bang-ja de révéler ses véritables sentiments pour Chunhyang; chaque plan de cette séquence a été filmée avec un objectif différent pour refléter les différents tons/sentiments exprimés à l'intérieur de cette scène. Ou lorsque le cinéma devient un véritable Art. Telles les chansons pansori se terminant par un retour à la source (retour à son premier amour; revenir à ses origines; retourner dans sa demeure familiale), IM revient une nouvelle fois à son Art préféré à l'occasion d'un événement forcément symbolique: l'occasion de son centième film. Il veut s'approprier une nouvelle fois l'histoire de "Sopyonje" en proposant une relecture fidèle à sa première version – mais en différent. Il dit vouloir exprimer un sentiment d'amour…et de retrouver un "temps perdu". Mettre en parallèle le passé et le présent. Jamais cette notion du Temps n'aura finalement été aussi présente dans son œuvre. Se jouant une nouvelle fois des structures temporelles (comme l'évocation des souvenirs à l'intérieur d'une chanson pansori), il semble également évoquer le temps nécessaire à produire sur grand écran sa VRAIE passion (le pansori). Il y a comme un parfum nostalgique tout au long de l'histoire. Tout comme les regrets du "frère" à (re-)trouver sa sœur, le temps file et les choses changent. IM, homme proche de la Nature, arrive merveilleusement à traduire ce sentiment par le changement des paysages – jusque dans un ultime plan de toute beauté. Alors, si effectivement l'enchantement éprouvé à la vision des deux premiers films s'est quelque peu émoussé sus l'effet de la répétition et si l'acteur principal ne peut (sup)porter l'entier poids de l'importance de son rôle sur ses seules épaules. Si son histoire est en définitive moins dramatique, que celle de la "chanteuse de pansori" – il n'en demeure pas moins, qu'il s'agit là d'une fin (provisoire?) toute logique de l'histoire d'un homme courant éternellement derrière sa profonde passion pour un art, qui aura été sa seule raison de vivre. (A lire: "IM Kwon-taek" par Chung Sung-ill dan sla collection des "Korean Film Directors" publiée par la KOFIC, dont la couv' est reproduite au sein de cet article).

11 septembre 2007
par Bastian Meiresonne


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